Un regard moderne
Lettre ouverte au réseau Indymedia
Par Indymedia Thessaloniki

Indymedia est un réseau ouvert, anti-hiérarchique, et structuré horizontalement. Contrairement aux médias de masse/institutionnels, Indymedia n’a que faire des profits financiers. Nous ne cherchons pas à nous substituer aux médias institutionnels, ni à combler les espaces vacants que ceux-ci laissent à disposition. Nous n’aspirons à aucune relation ou réconciliation avec ceux-ci.

Notre objectif n’est pas le « journalisme indépendant ».

Par « journalisme indépendant », nous entendons ce type de journalisme qui contraste avec la tendance dominante du fait qu’il fournit une information de meilleure qualité. Ce journalisme peut avoir un contenu partiellement « anticapitaliste », mais n’embrasse en aucun cas cette philosophie comme base de départ.

Notre action anticapitaliste ne s’arrête pas à Indymedia. Au contraire, Indymedia en est le produit. Nous considérons Indymedia Thessaloniki comme partie de notre action globale. Il est important que nous invitions tout le monde à participer, à apporter des idées et opinions, mais aussi à impulser des actions de terrain, dans le but d’éviter la reproduction de deux rôles distincts : celui de journaliste d’un côté, d’observateur de l’autre. De telles tentatives ne peuvent qu’être de nature indépendante et anti-hiérarchique.

Mais que signifie « indépendant » ?

En aucun cas cela doit-il signifier « neutre politiquement ». Cela implique tout d’abord d’inciter les personnes autonomes et indépendantes à participer, car c’est là leur seul moyen d’assurer leur autonomie collective. Ces participations interactives doivent aller de paire avec la volonté de ces personnes de mettre en pratique des modes de vie auto-organisés.

La participation à Indymedia ne doit pas être considérée comme une dette à payer à un quelconque processus révolutionnaire, ni comme de la charité journalistique. Au contraire, cela devrait être vu comme un choix de vie conscient. En conséquence, nous voyons comme caractéristiques essentielles d’Indymedia sa structure horizontale anti-hiérarchique, et son indépendance financière et idéologique déterminée.

Indymedia doit non seulement rester indépendant des institutions, mais aller jusqu’à refuser la coopération avec les organisations institutionnelles et autres partis politiques. En tant que média « non autorisé », Indymedia se doit d’être contre les institutions officielles. Indymedia doit maintenir son opposition à toutes les formes de hiérarchie, non seulement dans son fonctionnement interne, mais aussi et plus encore dans une volonté d’étendre les pratiques anti-hiérarchiques à toute la société. Car il ne suffit pas de travailler ainsi au sein d’Indymedia, mais il s’agit de mettre ces idées en pratique tant dans son action politique que dans sa vie de tous les jours.

Nous voulons utiliser Indymedia Thessaloniki comme un espace (virtuel ou non) d’échange d’idées et d’informations, de communication entre groupes et individus de Grèce, des Balkans, d’Europe et au delà. Il s’agit pour nous d’une action de résistance contre le système capitaliste global et ses structures, l’humiliation et la suppression des personnes, la destruction de l’environnement, le sexisme, le racisme et le nationalisme. Nous pronons l’auto-organisation et la non-hiérarchie, l’action anti-autoritaire, la solidarité et la critique positive, dans une optique de libération sociale.

En ce qui concerne les liens entre Indymedia et les mouvements sociaux, nous pensons qu’Indymedia est le fruit d’un besoin des manifestant-e-s. Besoin d’une information différente, à l’opposée de celle des médias institutionnels, et libérée de l’emprise des « leaders » auto-proclamés de chaque mouvement. Indymedia appartient à la base.

Indymedia ne peut être distinct des mouvements sociaux et des endroits (pays, rues, villes, centres sociaux, usines, forêts) où ces mouvements confrontent le pouvoir. Aucun mouvement n’est statique. Tous sont dynamiques, sujets à évolution, se renforcent ou s’affaiblissent, sont déterminés ou piégés par les promesses des dominants, combattent le système ou tentent de le réformer... et se transforment avec le temps. Les centre Indymedia qui sont coupés des évolutions de ces mouvements, qui n’affectent ou ne sont affectés par ces luttes, sont condamnés à l’isolement.

En tant que partie du mouvement, Indymedia donne la possibilité de créer des communautés locales et globales, dont le potentiel est de devenir forces antagonistes.

Indymedia doit représenter un danger pour le système. Ainsi que le montre l’histoire, les autorités ont toujours tenté d’assimiler ce qu’elles ne pouvaient supprimer. Indymedia est visé (voyez la conférence European Peripheral Magazines à Lund, sponsorisée par le gouvernement suédois, et à laquelle des Indymedias ont accepté de participer).

Il est un point de vue largement partagé, selon lequel nous pourrions indirectement sensibiliser la population au travers des médias commerciaux, qui touchent une bien plus large audience, en leur communiquant des informations provenant d’indymedia (ce point de vue a été accepté par nombre de personnes de l’ensemble du réseau Indymedia européen, et a été introduit lors de la réunion européenne d’indymedia à Berlin, du 18 au 20 juin 2002).

A la question « acceptez-vous de faire de l’agitation anticapitaliste par le biais des médias dominants », il était souvent répondu que « de cette manière, nous parvenons à exploiter les médias ».

Cet argument ne semble pas très convainquant, si l’on considère qu’il n’est pas facile de faire jouer les grandes entreprises médiatiques à notre jeu contre leurs propres intérêts.

Ce point de vue naïf élude une question essentielle : pourquoi les médias commerciaux désirent-ils obtenir les informations d’Indymedia ? Il est clair que nos contenus sont opposés à ce qui anime les médias institutionnels et commerciaux. Le mode de fonctionnement d’Indymedia implique la fin des multinationales, des médias officiels et, bien-sûr, des structures de travail hiérarchisées.

La réponse n’est peut-être pas si évidente, après tout...

Enfin, les réseaux Indymedia ont-ils été créés pour communiquer leurs contenus aux médias institutionnels ? C’est la seconde chose qui nous semble contradictoire. Peut-être est-ce plutôt les médias officiels qui nous utilisent, et qu’ils tenteront de le faire de manière plus extensive à l’avenir ?

En somme, Indymedia peut être considéré comme un regroupement de collectifs de médias indépendants, de centaines de médiactivistes et d’organisations de base assurant une couverture non-commerciale et non-institutionnelle des événements politiques et sociaux majeurs.

Nous voudrions vous inviter à une discussion ouverte sur Internet au sujet les différents thèmes que nous avons abordé. Nous pensons qu’il existe un potentiel énorme de développer Indymedia.

En tant qu’initiateurs de la discussion, permettez nous de poser quelques questions, comme thèmes principaux de cet échange :
-  L’un de nos soucis est le comportement d’Indymedia vis à vis des médias commerciaux, des organisations non-gouvernementales, des partis, etc.
-  Une autre problématique d’égale importance concerne les aspects financiers et les diverses manières de financer et soutenir les activités (vente de vidéos, interviews, contributions libres...).
-  Enfin, il y a beaucoup de débats autour du rapport d’Indymedia au mouvement anticapitaliste, et de la possibilité pour le réseau Indymedia d’être une composante essentielle de cette lutte, et pas seulement un outil.

Nous serons heureux d’entendre vos reflexions sur tous ces différents sujets.

Salutations militantes,
Le groupe éditorial d’Indymedia Thessaloniki (Grèce)

Mis en ligne le vendredi 12 juillet 2002


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