D’où vient le terme même de « samizdat » ? Pourquoi cette référence aujourd’hui, finalement, assez obscure à une forme de dissidence qui appartient au passé ?
Le mot russe samizdat peut se traduire par « auto-édition » (formé de сам, le pronom réfléchi et издательство qui signifie édition). Le terme samizdat fut utilisé à l’époque soviétique par dérision envers le Gosizdat : les « éditions d’État » officielles du régime.
L’existence du samizdat est liée au puissant système de censure présent en Union Soviétique. Tous les documents légalement publiés et distribués en Union Soviétique devaient avoir été préalablement validés par la censure, dont la responsabilité incombait depuis 1931 à la Glavit, puis au Comité d’État pour la presse à partir de 1966. Sous le régime soviétique, il était par ailleurs interdit d’acquérir, de posséder ou de transférer un quelconque moyen de duplication (ronéop, photocopieuse, presse, etc.). Seules les machines à écrire étaient permises. Les photocopieuses et tous les moyens de duplication appartenaient à l’Etat. Gardées par des vigiles, leur utilisation était strictement surveillée.
Dans les années 70 et 80 on assistera cependant à une floraison de samizdat, publications clandestines, artisanales, essentiellement littéraires, qui permirent à une culture libre d’exister malgré tout contre la chape de plomb idéologique et culturelle imposée par l’État et le Parti. Le phénomène devait d’ailleurs se répandre au-delà de l’URSS à l’ensemble des pays du bloc de l’Est ; et au delà du domaine littéraire à l’ensemble des besoins d’expression d’une société civile en dissidence contre l"État.
En 1995, alors que prenait forme le projet d’un réseau télématique autonome et activiste, nous avons choisi comme appellation d’origine incontrôlée ce terme de samizdat par analogie avec auto-publication de l’ère soviétique (entre temps le « mur » était tombé et le socialisme c’était définitivement dilué dans le marché)... une façon de marquer notre volonté d’être les vecteurs d’un autre culture, et d’une autre information, contre la chape de plomb idéologique et culturelle imposée ici par l’État et le marché.