Alors que la nouvelle exposition de la Cité des Sciences, ouverte depuis Mardi, prends place, nous apprenons que la minuscule partie consacrée au libre s’est tout simplement faite censurée par le principal sponsor de l’évènement.
La nouvelle exposition de la Cité des Sciences, intitulée « La vraie expo qui parle du faux » porte sur la contrefaçon. Organisée avec l’Institut National de la Propriété Intellectuelle (un institut public), on y trouvera des informations sur les pratiques de contrefaçon à travers le monde, autant sur les contenus matériels et immatériels. On pense inévitablement aux logiciels et à la musique qui sont concernés par le piratage : vos bambins seront donc initiés au droit d’auteurs et aux fameux messages que l’on commence à connaître – « Pirater c’est voler. »
Pourtant, bien qu’il soit question de propriété intellectuelle, nous n’auront pas la chance d’entendre parler du phénomène libre, pourtant en pleine expansion autant au niveau informatique qu’au niveau culturel. L’exposition était censée présenter succinctement le Libre [1] :
« Initialement, les commissaires de l’exposition avaient prévu de consacrer un modeste volet à la présentation du Libre [...] un texte concis définissant le Libre, ses enjeux et ses perspectives » raconte Isabelle Vodjdani du collectif Libre Accès.
Ce ne sera pas le cas, car figurez-vous que ce volet s’est tout simplement fait... censuré par le sponsor de l’évènement. Étrange me direz-vous. Eh oui. Et de façon assez violente, même : l’auteur du texte a reçu quelques jours avant le début de l’exposition un mail de la part du commissaire en chef pour l’en informer. Lisez-vous même.
« Notre partenaire principal, l’INPI, est farouchement opposé à ce que l’exposition donne la parole aux défenseurs du « libre. » Nous avons essayé de discuter et d’argumenter avec eux mais l’INPI reste intransigeant sur sa position. Nous sommes donc obligés, avec grand regret, de ne pas présenter votre parole que vous aviez, aimablement, accepté de rédiger et d’enregistrer »
Farouchement opposé.. ? On voit assez mal comment un institut public, dans le cadre d’une exposition portant sur la propriété intellectuelle puisse être farouchement opposée à informer la population sur ce nouveau phénomène qui renverse complètement la notion de droit d’auteur. Si des boites comme Microsoft faisait pressions pour qu’on utilise Windows plutôt que Linux, on pourrait commencer à penser à de l’acharnement. Ah, on me dit dans l’oreillette que c’est le cas.
Évidemment, l’information n’est pas passée inaperçue puisqu’elle a fait le tour des blogs qui parlent de l’actualité libre et informatique. A tel point que plusieurs internautes auraient signaler leur mécontentement à la Cité des Sciences. Cette dernière et l’INPI ont donc réagi et ont craché dans un récent communiqué :
« A quelques jours de l’ouverture de l’exposition, le comité de pilotage de l’exposition, a décidé collégialement que ce texte, qui prend la forme d’un sonore, ne figurerait pas dans l’exposition. Nous avons finalement choisi de ne pas aborder le thème du logiciel libre dans cette exposition sur la contrefaçon afin d’éviter toute confusion et mélange des genres entre libre et contrefaçon, pour un public non-initié. Il ne s’agit donc en aucun cas d’une censure mais d’un souci légitime de clarté. »
Ah, ben oui, d’un seul coup tout devient clair. En fait, les gens sont juste trop stupides pour faire la différence entre les deux. Merci l’INPI. Je me sens d’un seul coup totalement rassuré que les médias tiennent la clarté à coeur et qu’ils prennent soin de ne pas manipuler les esprits des pauvres innocents qui pourraient confondre libre et contrefaçon. Imaginez si ils étaient gouvernés par des intérêts privés...
A la base, on avait donc une expo qui a priori se voulait complète, transparente, de bonne foi. Au lieu de ça, vous pourrez apprendre le bien fondé du Copyright [2] mais vous n’entendrez pas parler des Creatives Commons [3]. Vous découvrirez également comment les méchants pirates détruisent les emplois de l’industrie cinématographique [4] et musicale [5]. Une exposition censurée, qui ne montre qu’une dichotomie entre « légal payant » et « contrefaçon illégale » sans montrer d’alternative...
Si vous n’êtes pas vraiment convaincus par les déclarations officielles, sachez que des mouvements de protestations sont en train d’être mis en place. Si vous estimez que les gens sont capables de faire la différence entre copyright, libre, et contrefaçon, et qu’il est pertinent de parler de libre dans le cadre de cette expo, vous pouvez participer au tractage qui se met en place ici [6] ou organiser votre contestation. Richard Stallman lui-même [7] ainsi que le parti pirate pense qu’il serait pertinent de manifester notre mécontentement.
Version originale de ce texte publiée sur le site de la Ligue Odebi : http://www.odebi.org/content/le-lib...